Conflit ouvert entre le ministre de la Justice et les magistrats: le bras de fer s’intensifie

Le Club des Magistrats du Maroc réagit fermement aux déclarations du ministre de la Justice, dénonçant une atteinte à l’indépendance judiciaire. Une crise institutionnelle aux enjeux majeurs.

Conflit ouvert entre le ministre de la Justice et les magistrats: le bras de fer s’intensifie
Le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi en pleine controverse avec les magistrats marocains sur l’indépendance de la justice.

📍 LeDecode.com – Un nouvel affrontement secoue la scène judiciaire marocaine. Entre le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, et le "Club des Magistrats du Maroc", le ton monte et les tensions atteignent un niveau inédit. Au cœur du conflit : des déclarations du ministre jugées méprisantes envers le corps judiciaire, et une contestation croissante des juges face à ce qu’ils considèrent comme une atteinte à l’indépendance de leur profession.

Le 21 février 2025, le Club des Magistrats du Maroc a publié un communiqué officiel en réaction aux propos tenus par le ministre de la Justice lors d’un colloque sur le projet de loi de procédure pénale, tenu la veille à Rabat. Les juges dénoncent une attaque frontale contre leur statut et une remise en question de l’indépendance de la justice, principe fondamental consacré par la Constitution marocaine de 2011.

Le communiqué commence par exprimer l’étonnement des magistrats face au ton sarcastique du ministre à leur égard, une attitude perçue comme un manque de respect envers une institution fondamentale de l’État de droit. Selon le Club des Magistrats, les propos du ministre traduisent une vision réductrice du rôle des juges, assimilés à de simples exécutants de la loi, alors que leur mission est d’interpréter et d’appliquer les textes selon les principes constitutionnels et législatifs en vigueur.

Mais au-delà de cette guerre des mots, l’enjeu est bien plus profond. Le Club des Magistrats reproche au ministère d’avoir ignoré toute approche participative dans l’élaboration du nouveau Code de procédure pénale, une démarche contraire aux principes démocratiques inscrits dans l’article 12 de la Constitution, qui garantit le droit des associations professionnelles de magistrats à contribuer aux débats législatifs relatifs à la justice.

Cette mise à l’écart des juges dans une réforme qui les concerne directement est perçue comme un passage en force du gouvernement, qui tente de recentraliser l’autorité judiciaire sous l’influence de l’exécutif. En d’autres termes, le ministère voudrait dicter aux juges leur façon de rendre la justice, une perspective inacceptable pour les magistrats qui revendiquent une indépendance totale vis-à-vis du pouvoir politique.

Le Club des Magistrats rappelle que l’indépendance de la justice n’est pas une faveur accordée par le ministre, mais un choix stratégique du Maroc, adopté par la Constitution de 2011 sous l’impulsion du Roi Mohammed VI et soutenu par la volonté populaire. Insinuer que le pouvoir exécutif peut encore peser sur la magistrature reviendrait donc à remettre en question une avancée démocratique essentielle.

Cette querelle révèle une fracture plus large entre la vision du gouvernement et celle des magistrats sur la place du pouvoir judiciaire dans le système institutionnel marocain. Le ministre Ouahbi, connu pour ses sorties controversées et son style direct, cherche-t-il à renforcer l’emprise de l’exécutif sur la magistrature? Ou s’agit-il simplement d’un excès de langage maladroit qui a mis le feu aux poudres?

Quoi qu’il en soit, le Club des Magistrats ne semble pas prêt à reculer. En défendant leur indépendance, les juges veulent non seulement protéger leur statut, mais aussi préserver la confiance des citoyens dans le système judiciaire. Car si la justice est perçue comme un simple prolongement du pouvoir exécutif, c’est tout l’équilibre de l’État de droit qui est menacé.

Ce bras de fer, qui dépasse le cadre d’une simple querelle institutionnelle, pourrait avoir des répercussions profondes sur l’avenir de la réforme judiciaire au Maroc. Si le gouvernement persiste dans son approche unilatérale, il risque de s’attirer une opposition farouche des juges, mais aussi de nombreux acteurs de la société civile attachés à la consolidation de l’indépendance judiciaire.

Alors que le débat se poursuit, la question centrale demeure : le Maroc est-il prêt à garantir une justice totalement indépendante, ou assiste-t-on à une tentative subtile de la replacer sous le joug du politique?

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