Abdelmadjid Tebboune: président ou maître de cérémonie?
Abdelmadjid Tebboune inaugure une station de dessalement avec un déploiement digne d’un sommet d’État. Une mise en scène qui en dit long sur l’absence de priorités réelles.

📍 LeDecode.com – Quand un président se croit obligé d’inaugurer une station de dessalement d’eau comme s’il venait de poser la première pierre d’une mégapole futuriste, il y a de quoi s’interroger sur la vacuité de son agenda. C’est pourtant ce à quoi s’est livré Abdelmadjid Tebboune ce samedi, en grande pompe, entouré de son état-major et de plusieurs ministres, pour le lancement d’une infrastructure qui, en toute logique, aurait dû être gérée par un simple ministre.
La scène prête à sourire, voire à éclater de rire. Des généraux en uniforme, des ministres alignés comme des écoliers devant le tableau, et un chef d’État qui, sourire béat aux lèvres, découvre avec stupéfaction une installation technique qui, ailleurs, ne ferait pas la une des journaux. Il faut dire que dans l’Algérie de Tebboune, chaque mètre carré de goudron posé, chaque tuyau installé, chaque projet d’infrastructure devient une opportunité médiatique à saisir, une occasion de montrer au monde que le régime "travaille".
Mais derrière cette mise en scène absurde, un constat bien plus amer s’impose : un chef d’État qui n’a visiblement rien de mieux à faire. Un président digne de ce nom se réserve pour les grandes décisions, les réformes stratégiques, la politique internationale… Mais chez nos voisins de l’Est, il semble qu’il faille l’intervention personnelle du Raïs pour inaugurer un simple projet d’eau potable. À ce rythme, on pourrait s’attendre à voir Tebboune couper le ruban pour l’ouverture d’un café de quartier ou inaugurer un passage piéton fraîchement repeint.
L’excuse de l’"enjeu stratégique" ne tient pas la route. Oui, l’accès à l’eau est essentiel, et oui, l’Algérie a un problème chronique de gestion de ses ressources hydriques. Mais fallait-il un déploiement présidentiel, ministériel et militaire pour inaugurer une station de dessalement ? Dans un pays où les infrastructures de base sont un éternel chantier, où les pénuries d’eau et d’électricité sont le quotidien de millions d’Algériens, où les jeunes désespèrent d’un avenir figé dans la bureaucratie et la répression, cet étalage de communication présidentielle frise le ridicule.
Le plus ironique dans cette affaire, c’est que l’Algérie ne fait que rattraper un retard qu’elle traîne depuis des décennies. Les stations de dessalement, le Maroc en construit depuis des années sans que le roi ne se sente obligé de venir les inaugurer une à une. Dans un pays où l’État fonctionne normalement, ces projets se réalisent sans qu’un président ne s’en approprie la paternité en direct à la télévision nationale.
Mais Tebboune n’en est pas à son coup d’essai. Ce besoin compulsif d’être sous les projecteurs trahit une fébrilité certaine. Un président qui doit justifier son action par des opérations de communication aussi insignifiantes est souvent un président qui cherche à masquer l’absence de réalisations véritablement structurantes. Car enfin, où sont les réformes économiques ? Où sont les avancées en matière de gouvernance ? Où est la modernisation des infrastructures de transport, de l’éducation, de la santé?
Plutôt que d’inaugurer une station de dessalement comme un souverain découvrant un puits dans le désert, Tebboune ferait mieux de s’atteler à l’essentiel: créer un climat politique et économique qui permette à son pays d’avancer sans qu’il ait besoin d’enfiler son costume de maître de cérémonie pour chaque projet abouti.
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